"Je veux mourir" ...

Si l'on y regarde de près, ce ne sont que 3 petits mots.

Juste 3 petits mots !

Mais, nous sommes en pleine utilisation de la langue de Molière et par conséquent ces 3 petits mots peuvent avoir des significations différentes.

A première vue, on imagine pas que ces 3 petits mots puissent revétir des conséquences salvatrices pour son lecteur et pourtant si on les place dans la bouche de quelqu'un de gravement malade, que l'on sait condamné et qui subit les affres de l'acharnement médical avec les souffrances qu'il impose, ils deviennent salvateurs pour celui ou celle qui reste et est amené de par la loi à devoir prendre la décision de mettre fin ou non au fonctionnement des machines qui maintiennent l'auteur de ces 3 petits mots dans un état "vivant".

Clairement, après lecture du paragraphe précédent, l'ambiance est plombée et le fan inconditionnel du virus qui attend depuis fort longtemps que son mentor s'exprime est dans un état proche de l'Ohio et se demande ce que le virus va encore annoncer.

T'inquiètes pas mon chéri, ca va venir.

On peut aussi interpréter ces 3 petits mots comme signe d'une apothéose de bonheur.

Oui, je sais, ça à l'air débile comme ça, mais s'ils sont utilisés pour dire de façon détournée "je ne vivrais plus jamais de bonheur si intense, alors je veux mourir pour que cet instant soit à jamais gravé comme celui où j'ai été le plus heureux !".

Là, il est vrai que toi fan sans limite du génialissime virus tu en es rendu à te dire que ton idole a croisé la spiritualité ultime et qu'il positive désormais toutes les paroles qu'il entend.

Oh ! Rêves pas non plus !

"Je veux mourir" ce sont 3 petits mots, certes, mais qui ne peuvent engendrer que peur, inquiétude, questionnement chez celui qui les entend !

Et le virus si merveilleux qu'il soit ne déroge pas à la règle !

Faut que tu arrêtes de me prendre pour un dieu, je ne suis qu'un pauvre connard d'humain sans saveur ! Ouvres les yeux !

Alors tu penses bien que lorsqu'en passant sur MSN, j'ai lu ces 3 petits mots écrits comme message personnel d'un de mes loulous (je vous ai déjà parlé de mes loulous !), il ne m'a fallut que 3 secondes pour demander des explications à son auteur (je te rassure, j'y suis allé en douceur tout de même, je suis un connard sans saveur certes, mais humain).

L'explication ne pouvant se faire via MSN trop impersonnel, nous avons convenu de diner ensemble afin que la longue histoire puisse m'être racontée.

Ce loulou là, c'est de mes premiers. Je l'ai vu passer du stade post ado à celui d'étudiant brillant, puis il est devenu un spécialiste dans son domaine de compétence, une pointure recherchée et demandée et maintenant il parcourt la planète pour remplir des missions qu'il est l'un des seuls à pouvoir remplir.

Lorsque nous nous sommes connus sur le jeu, j'étais un peu un père de substitution (le sien n'ayant pour lui et sa soeur qu'un amour fiscal) avec qui la complicité a grandit et qui lui a permis de raconter son histoire pas facile.

Bien sûr, lorsque j'ai lu ces 3 petits mots, j'ai eu un coup au coeur, je savais de par la confiance qui s'est noué entre nous qu'il me dirait tout et comme je ne passe pas souvent sur MSN, je subodore une volonté de me toucher lors d'un passage furtif.

La longue discussion que nous avons eu m'a confirmé que ce message, vestige d'une soirée coup de cafard, avait été inconsciemment oublié à mon attention.

Mais même si après les quelques échanges MSN précedant mon départ pour le retrouver j'avais compris que la situation n'était pas catastrophique, j'étais loin de me douter que ce que j'allais apprendre aurait des conséquences sur ma propre réalité. En fait, ça n'a pas changé grand chose, ça m'a juste permis de confirmer ce que je pensais et que je n'osais pas accepter.

Nous avons donc converser longuement (enfin il a beaucoup parlé et moi écouté).

Ce que j'aime quand je suis avec mes loulous c'est cette complicité que je lis dans leurs yeux lorsqu'il attendent ma réaction, un peu comme si mon avis comptait énormément, même si je ne dois pas interférer dans leur vie, c'est à eux de faire leurs choix et leurs erreurs, mais cela fait toujours plaisir d'être considéré un peu comme celui dont on attend la bénédiction pour se rassurer.

Bref ! Après une longue histoire, pleine de rebondissements et de pérépéties, la nouvelle finit par tomber, bien loin de ce que pouvait laisser présager ce message laissé à l'abandon.

Me voilà donc invité à un mariage devant se dérouler à l'autre bout du monde selon des traditions qui nous sont très lointaines.

J'en fût très flatté, mais compte tenu de ma situation actuelle, je réservais ma réponse que je pensais probablement négative, non pas que le budget nécessaire à une telle épopée fusse une difficulté (surtout après qu'il m'eut donné une idée du budget nécessaire pour passer 15 jours dans ce pays pour une poignée d'euros) mais plutot à cause de l'aspect psychologique de ce déplacement vis à vis de ma situation par rapport à ma collocataire.

Je ne m'attendais pas à ce que cette opportunité soit accueilli dans la maisonné comme une super chance qu'il ne fallait pas rater, mais j'étais loin de penser que cette annonce fût accueillie de la sorte.

"Ouai ! Ben ! C'est NON !".

La discussion était close et me ramena à cette réalité que je n'osais pas regarder en face depuis quelque temps et que je fuyais.

Je ne maîtrise plus ma vie.

Et cet espèce de lâcher prise qui m'envahit depuis quelques semaines et qui fait que tout me passe un peu dessus de la tête devient mon seul replis.

Le monde professionnel n'étant plus à ma portée, et mon corps déclinant un peu plus chaque jour, sont les remparts de mon impossibilité à pouvoir sortir de cet état.

Mon esprit pourrait me sortir de cette prison virtuelle, mais mon corps est une muraille insurmontable qui fait que toute tentative d'évasion est vaine.

"Je veux souffrir" ...

Cela peut te faire frémir oh ! Toi adorateur du virus de l'entendre dire cela, mais lorsque l'on se rend compte que l'on a le pied coincé dans la portière de la voiture, seulement parce que celle-ci ne se ferme pas alors que l'on ne ressent aucune douleur ...

On se rend compte alors que la souffrance physique est un signal d'alarme dont on ne dispose plus.

Du coup on se rend compte que son corps est en train de doucement se décomposer par une extrémité.

Quand en plus, lorsque l'on fait la moindre activité ménagère et que celle-ci génère une fatigue excessive et que de surcroît cela déclenche les alarmes d'autres parties de ton corps, on se rend compte que même si l'esprit est toujours intact avec toutes ses capacités de reflexion, le corps ne suit plus.

Depuis quelques temps déjà, j'en arrivais à la conclusion que je n'avais plus d'espoir, mais la question qui me turlupinait était de savoir, si le fait de ne plus avoir d'espoir était en fait du désespoir.

Je ne crois pas !

Je n'ai plus d'espoir de sortir de cette situation, mais je ne suis pas desespéré pour autant.

Je crois que je me suis résigné et qu'en fait plus rien n'a d'importance.

Je me dirige probablement vers un hermitage minable qui me transformera peu à peu en vieux ronchon associal.

La seule certitude que j'ai c'est que viendra un jour une nouvelle crise qui me conduira à de nouveau être shooté un max pour supporter la douleur jusqu'à ce que la crise passe et avant qu'une nouvelle vienne prendre le relais.

Je la pensais arrivant vu les modifications d'intensité des douleurs ces derniers temps, mais il semble que je sois promis à une montée régulière plus longue et plus douloureuse.

Puisqu'il en est ainsi et que je n'ai pas le choix, je dois faire avec.

Oui, je sais, c'est un peu bordélique, mais c'est assez représentatif de mon état, un peu comme une vache qui regarde passer les trains, moi je regarde passer les jours et les évènements.

Seuls sursauts d'humanité encore existante au fond de ma carcasse, je vais normalement passer 2 ou 3 jours chez mon amie Elisabeth à Orléans la semaine prochaine et je descendrais chez mes parents au mois de mai (opportunités données pour cause de vacances prises par ma collocatrice).

Toi qui attendais avec tant d'impatience que le virus lâche sa géniallisime prose, tu dois être déçu, mais que veux-tu, il en est ainsi, le virus n'est pas un dieu, contrairement à ce que tu pense :)