Histoire de ...
vous motiver à me donner un petit bout de vous, je vous ai écrit cet après-midi, un petit conte rien que pour vous.
Toute ressemblance à quoi que ca soit est parfaitement fortuite et involontaire.
Mise à jour :
Si d'aucun avait envie de l'imprimer tel que je l'ai imaginé, je vous met ici une version imprimable
Il ETait une fois
(il parait que toutes les belles histoires commencent par ces 4 mots),
une petite fille
(mais qu’est-ce qu’elle fait là ELLE, c’est un blog gay ici ??? Ben ici on est pas sectaire, alors pour une fois …)
qui s’appelait Neige.
Ce matin là, Neige sortit du grand bâtiment gris emmitouflée dans ces multiples couches de pulls verrouillées au col par une écharpe râpée et usée. Ses mains si fines et si fragiles tremblotèrent très vite malgré ses gants de laine dont les trous abondants laissaient transpercer les brûlures du vent glacial qui soufflaient dans la cour pavée qu’elle était en train de traverser.
Comme chaque samedi matin, elle sortait de bonne heure, pour se placer à son endroit favori, ce petit monticule de terre situé tout contre le muret d’enceinte soutenant les lourdes grilles de fer qui entouraient toute la propriété. Ces grilles qui lorsqu’elle en était aux pieds étaient si hautes qu’elle ne pouvait imaginer qu’elles s’arrêtaient avant les étoiles.
Comme chaque samedi matin, elle attrapait de ses mains délicates deux barreaux qu’elle tenait fermement avant de faire reposer son front contre la grille.
C’est comme cela que Neige aimait regarder les passants dans la rue.
C’était son rituel du samedi matin, qui s’achevait lorsqu’à midi précise, la cloche retentissait pour annoncer que le déjeuner était servi.
Elle regardait ces dames vêtues de leurs plus beaux habits déambulant sur les trottoirs et entrant dans les échoppes tenant par la main leurs enfants.
Elle aimait capturer les sourires de plaisir de ces enfants qui sortaient de cette échoppe au fronton rose, les yeux encore pleins d’émotions et la bouche salivant. Elle commençait à peine à apprendre à lire, mais elle avait appris par cœur ses leçons pour pouvoir lire les grandes lettres couleur prune qui s‘étalaient sur ce fond rose juste au-dessus des grandes vitrines de l’échoppe juste en face.
Cette fois, elle était sûre de réussir à les lire, ces mots mystérieux qui l’appelaient depuis le trottoir d’en face. Alors elle se concentra, et décrypta une à une chaque lettre, qu’elle réunissait en syllabes. Puis après de nombreux efforts elle s’écria « Bulles de douceur ».
Elle avait enfin réussi à lire, ce message qu’elle voyait chaque samedi. Elle sentit une joie l’envahir. Elle sautillait sur place heureuse et fière d’avoir enfin pu résoudre ce mystère qu’elle ne comprenait pas depuis si longtemps.
La clocha retentit et Neige retourna vers le grand bâtiment gris. Mais ce samedi là, elle souriait en remontant le chemin de gravier qui montait en pente douce jusqu’à la porte d’entrée.
Elle poussa la porte, et déjà résonnaient dans le grand couloir froid, les cris aigus de ses petits camarades de l’orphelinat qui étaient en train d’envahir le réfectoire.
Ce samedi là, les murs lui paraissaient moins gris qu’à l’ordinaire, elle les imaginait roses et couverts de lettres prunes. Elle avait le sourire aux lèvres et se sentait soulagée.
Elle avait, pour la première fois, profité pleinement de ce seul moment de liberté qu’elle avait chaque semaine et découvrait une nouvelle sensation inconnue jusqu’à ce jour.
Neige avait été trouvée, alors qu’elle n’avait que quelques jour, un matin de décembre 6 ans auparavant, dans un panier en osier dans lequel on l’avait couverte de bouts de tissu, par la directrice lorsque celle-ci était sortie chercher le courrier.
C’est lorsqu’elle vit ce berceau improvisé que le premier flocon de neige de l’année décida de tomber ce qui valut à Neige, ce prénom jusqu’alors inédit.
Pendant toute la semaine, Neige se répétait sans cesse les mots qu’elle avait réussi à lire.
Elle trépignait d’impatience que le soleil se lève sur le prochain samedi, pour retourner admirer cette boutique aux mille lumières. Elle voulait revoir l’arc en ciel de couleurs qui transparaissait aux travers des vitrines de l’échoppe rose aux lettres prune.
Le samedi suivant s’est en courant qu’elle se rendit sur son petit perchoir pour admirer de ses yeux ronds aux couleurs de l’océan, ce tableau vivant qu’elle aimait tant.
Ce samedi là, le vent s’était levé et ses longs cheveux d’or virevoltaient tels des spectres dans les airs. Elle grelottait et claquait des dents, mais ne voulait à aucun prix quitter des yeux cette merveille de couleur qu’elle admirait avec envie comme chaque samedi matin.
Alors que de ses yeux perlaient des gouttes que le froid allait puiser, une dame coiffée d’un immense chapeau avec des plumes majestueuses sortit du magasin tenant à la main un grand sac en papier rose sur lequel des lettres prune avait été inscrit. Une petite fille qui devait avoir à peu près l’âge de Neige émergea juste derrière elle en sautillant. Elle se ressemblaient tellement que Neige conclut que la belle dame qui était sortit la première devait être sa maman.
Elle se mit alors à sourire.
La petite fille qui l’avait aperçu, lui rendit son sourire et se mit à tirer la manche du manteau de sa maman. Elle semblait lui parler et faisait de grands gestes. La dame se tourna vers Neige qui n’avait cessé de sourire et lui adressa à son tour un sourire.
Puis elle prit la main de sa petite fille. Elle semblait vouloir traverser la rue en direction de Neige. Elle regarda à gauche, puis à droite et marqua une pause en retenant la fillette qui allait s’élancer.
La cloche retentit alors qu’un défilé de fiacre empêchait les piétons de traverser. Neige ne pouvait attendre plus longtemps cette dame et sa fille qui semblaient venir vers elle, alors elle entreprit de remonter le chemin de gravier à reculons. C’est lorsqu’elle arriva à la porte que la dame et sa fillette parvenaient enfin sur le trottoir puis à la grille. Neige leurs souri, leurs fit un grand signe de la main et entra dans la bâtisse, triste de n’avoir pu leur parler.
Toute la semaine elle se demanda si le samedi suivant elle allait pouvoir revoir cette dame si belle au grand chapeau à plumes et peut être lui parler.
Quand le samedi suivant arriva elle partit en courant sur son petit monticule. La neige qui était visiblement tombée toute la nuit avait recouvert d’une belle pellicule immaculée et brillante tout le sol.
Lorsque Neige put voir la rue, elle s’aperçu que les trottoirs eux aussi étaient tout blanc, et que la rue couverte d’un manteau blanc également avait été crayonnée par les roues des quelques fiacres qui y étaient passé.
Elle attendait patiemment que la belle dame au grand chapeau à plume apparaisse. Mais la cloche retentit et Neige du retourner vers le grand bâtiment gris. Elle avait l’air si triste, elle qui durant tout son moment de liberté avait malgré le froid gardé le sourire en attendant la belle dame au grand chapeau à plumes.
Le samedi suivant Neige retourna sur son monticule et avait toujours l’espoir de voir la belle dame au grand chapeau à plumes. C’était la veille de Noël, et les passants étaient nombreux dans la rue. Neige avait du mal à voir les grandes vitrines qui lui paraissaient si magiques, car il y avait tout le temps des gens qui entraient et sortaient de l’échoppe.
Une fois de plus, la cloche retentit et Neige rentra sans avoir vu la belle dame au grand chapeau à plumes.
Pendant tout le temps que dura le réveillon qui avait été organisé à l’orphelinat, Neige resta assise et avait l’air triste. Toute la semaine, Neige garda ce petit air triste.
Puis arriva le samedi matin suivant, dans la nuit qui suivra, une nouvelle année commencerait.
Guettant comme à son habitude sur son petit tertre, elle attendait espérant voir la belle dame au grand chapeau à plumes. Neige avait quelque peu abandonné son petit air triste, mais n’avait pas pour autant retrouvé son sourire.
Elle essayait de voir ce qui se passait dans l’échoppe à la façade rose, mais les grandes vitrines pleines de buées, ne lui permettaient que d’apercevoir des formes et des couleurs bougeant à l’intérieur de l’échoppe.
Soudain, un monsieur qui arrivait sur le trottoir, la regarda et lui souri. Neige lui souri à son tour et le monsieur qui se tenait maintenant devant elle, s’adressa à elle d’une voix mélodieuse et douce.
- « Comment t’appelles-tu ? »
- « Je m’appelle Neige ! Et toi ? »
- « Moi, je me nomme Anatole ! C’est très joli comme prénom Neige ! »
- « Merci, Anatole »
Anatole sortit de sa poche un petit paquet de couleur rose entouré d’un joli ruban et surmonté d’un nœud de couleur prune et le tendit à Neige.
Neige avait à cet instant précis le plus beau sourire qu’elle était capable de produire accroché à ses lèvres et ses yeux émerveillés laissaient éclater le bleu océan qui les inondait.
- « C’est pour moi ? »
- « Oui, c’est ma femme qui m’envoie pour te donner cela ! »
- « Ta femme c’est la belle dame au grand chapeau à plumes ? »
Anatole se mit à rire et le visage de Neige laissa transparaitre l’étonnement qui l’envahissait, car elle ne comprenait pas ce qu’elle avait pu dire de si drôle.
- « Oui, c’est elle ! »
- « Oh ! Merci Anatole ! »
- « Dès qu’elle le pourra, elle viendra te voir ! »
- « Ca me fera très plaisir ».
- « Il faut que tu rentre maintenant sinon tu vas attraper froid ! »
- « Oui ! Je vais aller me mettre au chaud ! »
- « Au revoir Neige »
- « Au revoir Anatole, Merci beaucoup ! »
Neige se dirigea vers la bâtisse serrant fort contre son cœur le petit paquet rose qu’elle tenait entre ses mains, mais ne manquait pas tous les deux pas de se retourner pour voir Anatole qui la regardait remonter la pente douce, laissant derrière elle de petites traces de pas dans la neige encore tendre.
Avant de pousser la porte, elle prit grand soin de glisser son paquet à l’intérieur de son corsage et de le placer de façon à ce que l’on ne voit pas qu’elle cachait un trésor.
Toute la journée Neige se demanda ce que pouvait contenir ce cadeau qu’elle avait reçu. Neige due attendre le soir, que toutes les filles de son dortoir se soient endormies pour se lever discrètement et emporter son petit paquet rose et prune aux toilettes.
Avec délicatesse Neige tira sur un petit bout du ruban qui dépassait sous le joli nœud prune. Le ruban se mit alors à glisser libérant de son étreinte le petit paquet rose.
Neige enroula proprement le ruban et le mit dans la poche de son pyjama, puis ouvrit délicatement le papier rose pour découvrir ce qu’il enfermait.
Des larmes de joies se mirent à couler de ses jolis yeux bleus lorsqu’elle apparu allongé de tout son long sur le joli papier rose. Elle brillait de mille couleurs et dégageait une délicate odeur mêlant parfum de fruits et de fleurs. Elle était belle. C’était la première fois qu’elle en voyait une vraie, de si près et elle était à elle. C’était le plus beau cadeau qu’on lui avait jamais fait, c’était d’ailleurs le seul et unique qu’elle avait jamais reçu.
Neige la prit dans sa main et la brandit fièrement dans le rayon de lune qui éclairait les toilettes. Neige ressemblait à une fée brandissant sa baguette magique. Elle avait fière allure avec sa sucette à la main.
Elle hésita un peu et se décida à y gouter.
Que c’était bon. C’était doux et sucré. C’était parfumé. C’était merveilleux. Jamais elle n’avait gouté quelque chose d’aussi bon.
Neige rangea son sceptre dans le joli papier rose et retourna se coucher.
Chaque soir, elle revenait pour profiter un petit peu de sa merveilleuse sucette.
Et chaque samedi elle retournait attendre sur son petit monticule, sachant qu’un jour la belle dame au grand chapeau à plume allait revenir.
Neige referma le grand livre à la couverture en cuir et le posa sur la table de chevet avant de dire :
- « Il est tard, maintenant, je te raconterais la suite demain ».
- « S’il te plait Maman, racontes moi ton histoire ! »
- « Anatole, ce n’est pas raisonnable ! »
- « Maman s’il te plait, je t’en supplie ! »
- « Bon, d’accord ! Mais je te raconte vite fait ! »
- « Oui, Maman, c’est mieux quand tu racontes que quand tu lis ! »
- « Ton grand père Anatole est revenu me voir à la grille chaque samedi, parce que ta grand-mère Marie, la dame au grand chapeau à plumes, était très malade. Puis quand elle fût guérie elle vint me voir avec Anatole. Et pendant, plusieurs mois on se voyait tous les samedis matins à la grille de l’orphelinat. Puis, un mardi, je regardais par la fenêtre du réfectoire et je les ai vu entré par la grille que la directrice avait ouverte pour eux. Et ils sont entrés dans le bâtiment. On est venu me chercher et on m’a annoncé qu’on m’avait trouvé une maman et un papa. Et je suis parti avec eux. Un jour, ils m’ont emmené dans l’échoppe rose le magasin de ta mamie Lavande. C’est là que j’ai rencontré ton papa, parce qu’il aidait sa maman à emballer les bonbons. Et puis quand mamie lavande est tombé gravement malade, c’est papa et moi qui avons continué à nous occupé du magasin. Et quand mamie est morte, nous avons changé le nom du magasin ».
- « Dis maman ! C’est pour ça qu’aujourd’hui il s’appelle Bulles de Neige ? »
- « Oui, Anatole ! Mais il est tard maintenant, allez dodo ! ».
- « Dis maman ! C’est parce que tu as grandie dans l’orphelinat en face de la maison que chaque samedi avec papa tu y vas et que vous donnez une sucette à chaque enfant ? »
- « Oui, mon chéri ! Allez hop j’éteins ! Bonne nuit Anatole »
- « Bonne nuit Maman ! Je t’aime ».